Publié par : P-E | septembre 25, 2011

La femme chinoise et son hachoir

Vendredi 23 septembre 2011 un sordide fait divers à entaché (c’est le cas de le dire) la vie de mon voisin du dessous, un Anglais d’une cinquantaine d’année.

Nous avons passé l’après-midi à faire un barbecue devant l’immeuble. Conversant agréablement avec le voisin du dessus, un Américain dans la même tranche d’âge. Très sympathique, nous discutions à trois, le temps magnifique, d’autres voisins en profitaient pour jouer une partie de poker sous la mosaïque d’ombre que nous procuraient les feuilles des arbres en cet après-midi de fin d’été.

Côtelette, patate ou encore poisson braisé, tout était là pour en faire un moment agréable de voisinage. Et ce fut, en effet, le cas. Certain vieillards, curiosité aiguisée par ces étrangers, se joignaient à nous, le temps d’un petit verre que nous leur offrions. Bref, tout se déroulait pour le mieux !

Le soir venu, je les ai invité à faire un peu de billard. Puis après deux ou trois parties, nous sommes rentrés. J’ai vaqué à mes occupations, et eux, aux leurs.

Fin de l’histoire.

Enfin, en ce qui me concerne.

Le lendemain matin, je reçois un message du voisin du dessus, l’Américain, qui me dit qu’il a passé la nuit à l’hosto et que l’Anglais s’est fait charcuté au hachoir par sa petite-amie.

J’ai d’abord pensé à la blague…mais bon, on ne blague que très rarement sur ce genre de sujets, d’autant plus quand on est vieux.

Retour en arrière.

Vendredi 23 septembre, 19h50.

Nous sommes à la salle de billard, fatigué, je les quitte pour rentrer directement, encore beaucoup de travail m’attendait.

20h10, c’est à leur tour de rentrer.

20h20, ils sont dans leurs appartements respectifs.

20h21, l’Américain se défroque et se prépare à faire sa vaisselle.

20h25, il entend une femme tambouriner à sa porte en criant son nom.

20h26, refroqué, il ouvre la porte, mais il n’y a plus personne. Toutefois, il pense avoir reconnu la voix de la petite-amie du voisin du dessous, l’Anglais, il décide donc de prendre ses clefs et de descendre voir ce qu’il se passe.

20h28, le voilà au rez-de-chaussée. La porte est entrouverte. Lin, une serpillère à la main est en train d’éponger le sang qui forme une mare d’une surface de plusieurs mètres. L’Anglais, assis sur une chaise, un bras enveloppé dans une serviette rouge, le supplie d’appeler la police, sa copine vient de lui trancher la main à coup de hachoir. Toutefois, l’Américain un peu plus pragmatique que son interlocuteur, conscient de la gravité de la blessure, dont le sang continue à jaillir, juge plus utile et vital d’aller d’abord à l’hôpital, ce qu’il adviendra de cette femme, est, à cet instant précis, secondaire.

20h45, Dans l’ambulance, l’Anglais lui raconte ce qu’il s’est passé.

« Je suis rentré du billard, et Lin était là, à l’intérieur, de la fumée lui sortant par tous les trous du visage (7). Furieuse, car le wifi ne fonctionnait plus, elle ne pouvait plus surfer sur internet et elle semblait persuadée que je l’avais coupé exprès pour l’importuner en partant au billard. Elle a pris l’ordinateur portable (le mien, pas le sien) et l’a violemment jeté contre le sol. Puis, dans un accès de fureur, elle a pris le hachoir et m’a frappé avec. Je n’arrive pas à me souvenir où elle a essayé de frapper, j’ai juste eu le réflexe de mettre mon bras en opposition. »

On peut supposer que les litres de sang perdus ont dû la faire revenir à la réalité et qu’elle se rendit subitement compte qu’elle venait presque de tuer un homme. Cela à dû la pousser à chercher de l’aide. La seule personne dont elle connaissait le nom aux alentours, vue son asociabilité extrême, faisant qu’en 3 mois, je ne l’ai aperçu que deux fois.

L’Américain, m’a bien expliqué le surréalisme de la scène quand il est descendu et est entré dans l’appartement. Ce que j’en ai vu le lendemain à tout confirmé. Elle était là à éponger le sang, à essayer de nettoyer et désinfecter les pièces pour qu’il ne reste aucune trace de son méfait. Il avait du mal à réaliser ce qu’il voyait. Et ce pauvre homme avachi, à moitié saoul assis sur une vieille chaise en bois dont le sang ruisselait sur chaque nervure. Elle épongeait, ignorant complètement le monde qui l’entourait alors.

Le lendemain, j’ai fait une inspection de l’appartement avec l’Américain. Les couteaux avaient disparus. Un des ordinateurs portables aussi (celui encore en état de marche), le réflex Nicon aussi. Dans sa cohue toutefois, à nettoyer les sols, elle avait négligé les murs, les plafonds et l’arrière des portes. Du sang séché maculait encore un nombre incalculable d’endroits. Et la mosaïque ombragée et si bucolique de la veille avait laissé sa place à une odeur âcre, subtil mélange de détergents et d’odeur de sang séché, qui tachetait désormais cet appartement d’une couleur pourpre noirâtre.

Pénétrant dans cet endroit, je fus saisi par une sensation assez incommodante. Celle d’avoir déjà vu ça. Celle de ne pas « imprimer » ce que je voyais. Que j’ai aimé New York Section Criminelle (Law and Order Criminal Intent) ! Ce que j’avais sous les yeux était semblable ! Et c’est là que le bât blesse ! D’avoir vu de si nombreuses fois des scènes tout aussi sordides, il devient très difficile de réellement comprendre que ce que l’on a sous les yeux est bien réel. Résulte bien d’une personne en assiégeant une autre, et non d’un quelconque montage cinématographique.

On pouvait toutefois sentir quelque chose de malsain, d’effrayant. Le temps était figé par le sang. Les éclaboussures sur les murs, les coins de portes, les pieds de chaises avaient figé le temps à la seconde précise de l’impact, où la lame avait franchi ces centimètres de non retour. On a beau retiré la lame d’un corps encore chaud, le cœur plein de regret, une fois qu’elle y a pénétré, il est trop tard pour revenir en arrière.

Et il semblerait que notre chère Lin l’ait bien compris en emportant les choses ayant le plus de valeur et les moins encombrantes, s’offrant ainsi une avance sur l’escapade dans laquelle elle doit probablement s’être déjà lancée.

48h après, l’Américain et moi avons cherché à rassembler les informations possibles à fournir à la police, si toutefois l’Anglais décide d’y faire appel. Mais il semblerait qu’en 7 ans de relation, dont une bonne partie de vie commune, il ne sache vraiment pas grand chose à son sujet. Incapable de parler chinois, il ne sait donc même pas écrire son nom…que dis-je, il semblerait même qu’il ne connaisse pas son nom de famille. Pas plus que sa famille qu’il n’a jamais rencontré, ne parlons pas d’adresse. Il semblerait qu’il y avait un scan de ses papiers d’identité dans l’ordinateur…qui a fini écrabouillé au sol….! Je vais voir si j’arrive à en récupérer quelque chose.

Mais vu ainsi, ça ressemble presque à un acte prémédité de très longue date, et si pas prémédité, tout au moins envisagé, tant la brume qui entoure ce personnage est épaisse. Jamais elle ne sortait, ne parlait aux gens. Tout ce qui pouvait la trahir est sans doute enfermé dans ces ordinateurs sur lesquels elle passait la majeure partie de son temps. Ces QQ et autres réseaux sociaux chinois doivent sûrement renfermer le secret, l’explication de cet acte, de ce passage à l’acte, de la réflexion qui l’y a mené.

Je me demande ce qu’il va se passer. S’il va se passer quelque chose. Reste-t-on impuni en Chine d’un crime ? La réponse est assez claire malheureusement. Il semblerait que si la machine populaire ne se mette pas en route, beaucoup de crimes restent impunis. Et avec si peu d’informations sur un coupable, dans un pays si grand et si peuplé, la traque me semble tout bonnement impossible sans engouement populaire.  Ce même engouement qui a forcé à maintes reprises déjà, les autorités à consacrer plus d’efforts dans la traque du crime, organisé ou non, du paysans au diplomate.

Je scrute les fenêtres en me disant que les criminels reviennent toujours sur les lieux du crime. Je vois encore son visage vendredi après-midi, levant les yeux de son écran, me demandant si j’avais besoin d’un coup de main pour retirer des bières du frigo.

Aurai-je dû être policier ? J’en ai souvent rêvé…

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Responses

  1. ‘Tain, c’est fou cette histoire. Fais gaffes à toi PE 😉

  2. clairement, le genre de truc qui te font te poser des questions sur la personne qui partage ton lit xD

  3. Plusieurs choses me viennent à l’esprit.
    Le truc idiot mais important à dire, c’est extrêmement bien écrit et haletant. Et c’est aussi ce que tu soulignes, le fait d’avoir tellement vu cette scène à la télévision fait qu’il y a un irrél qui se crée, un « waouw, joli scénario, tu devrais le proposer… ».
    Mais pour le fond, la réalité justement, je ne suis bizarrement qu’à moitié surprise. Et je ne sais pas du tout pourquoi. La sensation étrange de voir ces couples où (en Chine, souvent c’est l’homme qui est occidental) l’un ne parle pas un mot de chinois malgré des mois et des années ensemble. De voir ces quelques nanas aussi qui pètent les plombs, comme partout, mais j’ai toujours le sentiment qu’en Asie cela prend des tournures très sanglantes.
    Et l’abattement parce que oui, j’imagine qu’il faudra faire le travail de la police, rassembler les preuves, les noms, les traces, avant d’aller la voir. Et de savoir qu’elle ne fera sans doute rien. Parce que Lin, en Chine…

  4. Assez fou qu’en 7 ans l’anglais n’en connaisse pas plus sur sa copine !

    • Tout à fait d’accord avec toi Cédric, plus que fou, ça me semble anormal, voire malsain, mais passons, chacun fait les choses à sa sauce, hein ?
      Moi ce qui me gêne, c’est l’intention, qui me semble assez claire, de tuer. Je manque probablement de détails que nous n’aurons probablement jamais sur le réel déroulement des choses, mais quand on se saisit d’un hachoir pour faire face à un être vivant, les intentions sont, en général, claires.
      Pétage de plomb, rupture, je consens, mais là où je tique, c’est que ces nanas (en tout cas, pour la plupart, j’ose imaginer) ne sont pas enchainées au lit, rien ne les empêche de fuir une situation qui leur déplaît. Je crois quand même que l’avarice, l’oisiveté et le peu d’estime de soi sont aussi des composantes importantes de ce genre de personne et de ce genre d’affaire.
      Le mode de vie capitaliste soudain et extrême que connaît la Chine aujourd’hui n’est pas totalement étranger à tout cela je pense….


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