Publié par : P-E | novembre 6, 2011

Chronique ferroviaire : train de nuit dans le Hubei

Eh oui, forcément, je l’avais senti venir et je l’avais même écrit sur twitter. Une nuit dans un train en Chine allait forcément entrainer des inspirations créatrices, ce n’est pas tant que j’aie envie d’écrire, mais c’est qu’il y a des choses à dire quand on se balade dans un pays étranger pour la première fois dans un nouveau moyen de locomotion, j’ai nommé : le train de nuit ! Non, pas ces trains grande vitesse qui ont des accidents mensuels où les morts se comptent par dizaines , je parle de ces vieux trains….ceux de la sncf en fait, à peu de choses près les mêmes, là où les vrais chinois s’entassent, si de vrais chinois il reste. Pour ce qui est de l’entassement, lui, est bien réel en tout cas, peu importe le degré d’authenticité de la chinoiserie qui habite ces gens.
Le socialisme, le communisme, on l’appellera comme on veut, garde une chose qui me dérange profondément.
J’en reviens immanquablement à Sarkozy et cie, mais en quittant la France pour la seule puissance communiste au monde promettant un avenir au plus proche de ce que la France aurait pu m’offrir si elle n’avait pas été ce qu’elle était, ce que j’attendais, ce que je cherchais, c’était un nouveau système, un système différent. Une société différente où comme, si je l’ai bien compris, la finalité se trouvait dans l’homme et son équilibre avec la nature, et non de son adultère avec l’argent.

Niet.

Je me suis trompé, je me suis laissé tromper. Il n y à rien de différent dans ce pays-ci. Et voyager, ce soir, ainsi dans ce train, ne me le fait que plus remarquer. Ayant voyagé dans les avions, les tgv, les bus autoroutiers, les bus de ville, les bus de liaison à la campagne, c’est dans le train bon marché comme celui dans lequel je me trouve que l’impression est la plus forte, ou devrais-je dire, qu’un des revers de la pièce se dessine.
Et en voyant les choses ainsi, ,en saisissant un soupçon de réalité, les tarabiscotages des journaux occidentaux au sujets de la Chine, de son aide, ou non, au fond de stabilité européen, aux atermoiements d’une certaine classe des populations. Je me sens coupable de votre égocentrisme, de votre nombrilisme. On m’a expliqué, et ne correspondant pas à la norme, toujours pas d’ailleurs, je l’ai souvent personnellement expérimenté, que l’inconnu, l’étranger, fait naitre la peur, donc l’agressivité, la violence, la haine, la destruction, la mort. Et pourtant, ici, ce que vous, journalistes, citadins et campagnards, semblez craindre plus que tout, sont des êtres qui vous sont semblables, si ce n’est identiques jusque dans les poils qui leurs recouvrent les gros orteils. Si je puis me permettre. Je crois que l’énergie dépensée en provocation(qui n’a pour but d’ailleurs que d’effrayer sa propre population), puis en démentis, serai tellement mieux utilisée pour un but productif. Oh non ! Pas au sens actuel du terme, je ne parle pas de productivité industrielle, mais de productivité humaine. Je pense qu’avec toute cette crainte, cette peur, cette paranoïa, il y aurait tant de bonheur possible, si un instant seulement, on s’était attelé à quelque chose d’autre.

Ces gens sont humbles, fiers, très, souvent un peu benêts, parce que peu éduqués, mais ils ont un côté attendrissant, comme lorsque je vois ces hommes, cheveux grisonnants, l’air sérieux et sage, les ride plissées sur le côté des yeux, tirant de fines lignes dans la continuité des sourcils pour venir se perdre à la naissance du crane. Lui-même parsemé de petites vaguelettes qui se rejoignent entre les deux yeux, au dessus du nez. Là, trône une paire de lunettes. La chemise, un peu délavée parce que trop portée, toutefois pas un pli n’est là pour lui faire perdre de sa superbe. Un pantalon de toile foncé, très propre lui aussi. On sait bien que cet homme, pourtant, ne fait pas partie de la Chine qui peut travailler plus pour gagner plus (elle travaille plus, c ‘est un fait, quant à ce qu’elle gagne, c’est une autre histoire….ça ne vous rappelle pas un peuple de bouffeur de fromage et de suceurs d’escargots? Je m’egare, je n’ai rien dit, je continue), mais il y a un certain sentiment de consistance. Une fois que son regard a balayé l’homme de haut en bas, logiquement, fatalement, l’on remonte pour s’arrêter sur ses yeux. Et là, surprise, sur le verre de ses lunettes est touours collé l’autocollant indiquant le degré de correction. Ce genre de chose m’interpelle beaucoup, comme la trace d’une course effrénée dont on ne comprend pas toujours le sens ni la destination.

Ces trains de nuit, cela me rappelle aussi une époque, révolue aujourd’hui, grand merci à la sncf (sic!). Une époque où je prenais le train de nuit de Strasbourg à Paris, en partance à 0h22 pour arriver vers 6h30. Oh, j’ai bien souvent pris ce train lorsque je me rendais au Japon. Un départ vers minuit de Strasbourg, puis une arrivée matinale à Paris. Une petite marche de la gare de l’Est jusqu’à la gare du Nord et puis en route sur le RER jusqu’à Roissy Charles de Gaulles. C’était bien avant que le peuple français n’accepte de se faire imposer le TGV comme seule solution.

Avant on avait le choix, désormais on a des solutions, à la bonne heure !

Je me rappelle d’un chanteur un peu bizarre, Diabologum, qui demandait si la seule solution n’était pas la mort….? Il avait rien compris le nigaud, la seule solution c’est le TGV et basta….encore une chose que nous avons perdu, que nous avons accepté de perdre, rectifiais-je. Encore un moment où l’on pouvait prendre le temps d’avoir le temps. Le temps de penser, d’écrire, d’observer un univers méconnu, de l’appréhender. Soi-même, le train, la nuit, une gare. N’avons-nous pas là les éléments principaux d’une belle histoire ? Ou pas si belle ? En tout cas, une histoire peut souvent débuter, ou finir, à vrai dire, avec cela. Merci à la sncf, cela n’arrivera plus.

Le train de nuit, c’est toute une histoire, comme la nuit où j’ai pu, enfin, j’ai essayé, de communiquer avec un immigré polonais ou roumain, la faute à son très pauvre allemand, qui était la seule langue que nous avions en commun, je n’ai pas très bien compris. Mais la nuit a ce quelque chose, qui fait que ce qu’on ne voit pas le jour devient alors possible, visible et vu ! Je me rappelle aussi, l’avoir vu prendre ses jambes à son cou, subitement et se dissimuler dans l’espace qui sépare les wagons d’avec leurs congénères. Il ne m’eut pas fallu bien longtemps pour comprendre, lorsque quelques secondes plus tard, je voyais des gens affublés de lampes de poches, en pleine activité. Probablement à la recherche du clandestin…..

 

Le train de nuit, un passage secret vers un autre monde, une autre époque. Où l’inconfort est compensé par l’inattendu. Je ne m’en lasserai jamais.

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