Publié par : P-E | juin 25, 2014

Dis, c’est quand qu’on décolle ?

Voilà maintenant 36 heures que je suis pris en otage.

J’ai de la chance, enfin je crois.

Je suis nourri, logé et blanchi.

Par les éléments.

36 heures que je fixe le ciel. Ce plafond sourd couleur de jais. Les nuages passent sans jamais trépasser. Des nouveaux remplacent les anciens, encore plus rapidement que dans les caves réfrigérées des pompes funèbres du Père Lachaise.

36 heures que j’attends. Et j’attends encore à l’heure qu’il est. Bloqué, dans ce pays, dans cet aéroport. Et pourquoi ? Je vous le demande !

Parce que j’ai eu la mauvaise idée de vouloir prendre un avion un jour de pluie ! Non, mais je vous jure ! Quelle fou je fais ! Un jour de pluie, vous entendez ??

On est comme ça nous, les Français, on a peur de rien, pas même de voler sous la pluie ! De vrais kamikazes !

Pas faute d’avoir choisi les meilleurs équipiers, enfin, c’est ce que je croyais avoir fait. La Skyteam, Air France, la China Southern, une équipe et des compagnies n’ayant à priori plus rien à prouver quant à leur degré de kamikazerie. On se souviendra tous, et pour longtemps encore, de ces acrobates fous du vol Rio – Paris !

Eh bien, croyez-le ou non, depuis ils se sont calmés et sous prétexte de pluie, nous ne volons plus !

Ils se sont dégonflés, semble-t-il.

Et pourtant, c’est récent, je vous l’assure. Car pas plus tard que l’année dernière, je faisais encore une vidéo à la gloire de ces compagnies aériennes qui ne craignent rien d’autre que l’argent et qui sous prétexte de manque à gagner potentiel ne rechignaient aucunement à faire voler leurs passagers, leurs employés et leurs avions dans des conditions plus que dangereuses !

 

 

 

Donc, comme je le disais, forcé de constater que pour de la pluie, aujourd’hui, on ne vole plus. Alors qu’il y a un an encore avec les compagnies citées dans cette vidéo et d’autres, je le suppose, nous volions contre vents et, des fois bien trop près d’elles, marées. Les typhons eux-mêmes ne faisaient pas réfléchir une seule seconde les pilotes, les contrôleurs aériens et encore moins les managers de ces compagnies.

Alors si cette fois je n’ai pas eu peur de mourir en vol, chose que je ne souhaite à personne d’expérimenter et encore moins 6 fois en deux semaines comme ce fut mon cas il y a un an, se sentir mourir d’ennui bloqué au sol et sans information est également assez peu attrayant.

Je crois avoir vécu là mon premier vrai retard aérien, en Chine de surcroît ! 5 heures de retard au décollage, un peu plus à l’arrivée. Et même pas peur !

Enfin, presque.

Il fallu attendre environ une heure et demie pour savoir la raison réelle du retard et je ne suis même pas sûr que l’explication vint de l’équipage. Si ma mémoire ne me trahit pas, elle vint d’un des passagers à qui l’on dit qu’à Canton la météo était très mauvaise, clouant les avions au sol, déroutant ceux dans les airs et empêchant ceux voulant s’y rendre, je vous le donne en mille, de s’y rendre. Et pour être mauvaise, elle l’était ! Les photos des zones sèches quelques heures auparavant, désormais inondées, vous mouillaient littéralement le dos ! ou le sang, c’est selon l’expression.

Alors l’attente commença. Et de 18 heures 30 jusqu’à 23 heures 15 environ, nous restâmes assis dans cet avion. Enfin, pour ceux dont la petitesse de la vessie ne les contraignit pas à se lever de temps à autre. Oui, la perfection de ma ceinture abdominale ne suffit pas à palier la petitesse de ma vessie.

J’appréhendais donc un peu cette expérience et ce, surtout après avoir lu tous ces articles qu’on voit régulièrement au sujet de tel ou tel équipage, personnel au sol, insulté ou battu, voire lynché, par des passagers chinois en colère.

Je me demandais vraiment à quelle sauce j’allais être mangé et surtout par qui !

L’équipage ?

La météo ?

Les autres passagers ?

C’est un endroit merveilleux où tout est possible, la Chine.

Et ce fut, en effet, assez merveilleux. En 5 heures de temps à être cloué au sol, je ne crois pas avoir entendu autre chose crier qu’un bébé.

Alors, oui, je sais, les bébés ne sont pas des choses, bla bla bla. C’est mon article : j’écris comme je le sens. Merci.

L’explication quant au fait que les passagers soient aussi calmes, parce que ce la me déconcertait réellement : chez nous il y aurait eu une émeute puis une grève à l’encontre de la compagnie aérienne et il aurait encore fallu entamer des pourparlers avec les météorologues pour déterminer à qui incombait la faute d’avoir laissé monter des passagers dans un avion qu’on savait cloué au sol pour les heures à venir. Bref, une merde improbable avec des milliers d’intermédiaires pour se voir dire au final, qu’on ne savait pas mais qu’on nous offrirait un coupon pour un café gratuit à la buvette de l’aéroport parce qu’on avait été gentil. Tout le monde aurait applaudi d’avoir reçu un truc gratuit, se serait tut et oublié la raison même de la grogne initiale. Le système pouvant continuer à fonctionner normalement. C’est-à-dire : mal.

Bref, cette explication me fut donnée par un Ouïgour avec une tête de han et un accent mélangeant intonations du Sud avec prononciations du Nord, une vraie énigme en soi, qui me dit placidement que les seuls à s’énerver sont ceux à qui cela arrive pour la première fois(sic!).

Donc, seul le bébé devait vivre une expérience de ce genre pour la première fois.

Et moi.

Mais je n’aime pas trop crier sur les hôtesses de l’air ou les stewards.

Ainsi, dans une ambiance bon enfant, nous avons passé presque 8 heures tous ensembles, jusqu’à l’arrivée à Canton, où ma correspondance devait déjà probablement se trouver au-dessus de la Mongolie Intérieure lorsque je récupérai ma valise.

C’était il y 36 heures.

Depuis, me voilà prisonnier de cette ville.

La captivité n’est pas facile, il fait chaud, humide et pleut par intermittence. Mais comme à l’accoutumée, après ou avant le typhon, le temps est toujours un peu particulier. C’est propre aux tropiques, cette humidité balayée par un vent frais, ce ciel apocalyptique, les palmiers qui se balancent, ces odeurs de corps moites mêlées à celle de la végétation luxuriante. Un parfum aux effluves très particulières et qui envoûte les sens du voyageur égaré. Alors les souvenirs reviennent, Kamakura 2005, Taiwan 2007, Taiwan 2008, Ruian 2010, Hong Kong 2013 et probablement encore bien d’autres typhons qui se sont perdus dans les méandres de ma mémoire.

Oui, c’est bien à chaque fois ces mêmes sensations que l’on retrouve. Ces mêmes sensations que je retrouve.

Celles de la nature qui vous rappelle à l’ordre. Qui vous rappelle que votre petitesse ne réside pas que dans votre vessie.

Nous sommes tous voués à disparaître sous les coups de boutoir de Dame Nature. Voilà ce qui nous est humblement rappelé à chacune de ces occurrences. Moi, j’aime beaucoup ce sentiment. Presque une sorte de vénération béate.  Qu’il est bon de se savoir fini.

Voilà 36 heures que je me sens pas mal « fini« .

Canton, mégapole de l’Asie du Sud-Est comme tant d’autres, séduisante et repoussante à la fois. Carrefour de la terre et de la mer, de l’Est et de l’Ouest depuis des siècles. Canton à la rivière Perle, tu es aujourd’hui devenue Guangzhou qui enfile des perles.

 

Ô Canton, reverrais-je un jour les prairies de mon enfance aux sèches colombes ?

bateau

 

Mais dis alors, c’est quand qu’on décolle ?

 

Mais Canton, c’est aussi ça :

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